17 septembre 2026
Le souffle de pūrṇa
par Yogîndra
Īśopaniṣad · Jeudi 17 septembre 2026
Après avoir ouvert notre voyage dans l’Īśopaniṣad, Yogîndra poursuit son exploration de l’infini à travers un mot essentiel du sanskrit : pūrṇa.
De la simple idée de ce qui est « plein » jusqu’à la plénitude immuable de Brahman, les Veda, les Upaniṣad et la Bhagavad Gītā nous font découvrir progressivement toute la profondeur spirituelle de ce mot.
Bonjour chers amis. C’est Yogîndra dans l’émission « Dans le souffle des textes ».
Aujourd’hui, nous poursuivons le voyage dans l’infini commencé lors de la précédente émission sur l’Īśopaniṣad, avec le mantra oṁ pūrṇamadaḥ pūrṇamidam, en étudiant plus précisément le mot pūrṇa.
Cette magnifique Upaniṣad servira d’appui tout au long de cette saison 2026–2027.
oṁ pūrṇamadaḥ pūrṇamidaṁ pūrṇātpūrṇamudacyate
pūrṇasya pūrṇamādāya pūrṇamevāvaśiṣyate
oṁ śāntiḥ śāntiḥ śāntiḥ
Oṁ
Cela, Brahman, est infini ;
ceci, le monde manifesté, est infini.
Le monde infini procède de Brahman infini.
L’infini du monde infini étant réalisé,
Brahman infini demeure.
Oṁ, paix, paix, paix !
Ce mantra sert d’introduction à l’Īśā Upaniṣad. Il apparaît également au début du cinquième chapitre de la Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad.
Mais avant d’entrer dans le sens philosophique et religieux du mot pūrṇa, examinons son origine.
pūrṇa — Être plein, rempli, accompli
L’adjectif pūrṇa vient du verbe pṝ, qui signifie : remplir, combler, satisfaire.
Pūrṇa en est le participe passé. Il désigne donc ce qui est plein, rempli ou accompli.
pātra : un vase
pūrṇa : plein
Un vase plein, par exemple rempli d’eau ou de ghee pour accomplir le sacrifice.
pūrṇa dans le Ṛgveda
« Le divin Agni, dispensateur de richesses, souhaite que la louche soit remplie (pūrṇa). Versez son contenu, puis remplissez-la à nouveau, et alors la divinité portera vos offrandes aux dieux. »
Ce verset appartient à un hymne adressé à Agni, le dieu du feu.
Agni est appelé draviṇo-dās, « celui qui donne les richesses ». Pour l’honorer, la louche est remplie de ghee à ras bord : elle est pūrṇa.
Ici, le sens est donc encore très concret : pūrṇa signifie simplement « plein ».
Les yeux pleins de larmes d’Arjuna
« À celui qui était envahi par la pitié, les yeux égarés pleins de larmes, et plongé dans la détresse, Madhusūdana adressa ces paroles. »
« Les yeux égarés pleins de larmes » se dit en sanskrit :
aśru : larme · pūrṇa : plein · ākula : égaré · īkṣaṇam : l’œil
Arjuna vient de s’affaisser dans son char, vaincu par la douleur et l’indécision. Ses yeux sont pūrṇa — pleins de larmes.
De la richesse à la plénitude intérieure
La Chāndogya Upaniṣad nous conduit maintenant vers un sens beaucoup plus spirituel du mot.
Nous sommes dans un enseignement appelé madhu vidyā : madhu, le miel ; vidyā, la connaissance, la sagesse.
De Brahman, un père doit parler à son fils aîné ou à un disciple compétent. Jamais à quelqu’un d’autre, même s’il pouvait lui donner cette terre entourée d’eau et pleine de richesses. Cette connaissance est plus grande que ces richesses.
Même si la terre entière était pūrṇa dhanasya — pleine de richesses, la connaissance de Brahman resterait plus grande encore.
Plutôt que d’être rempli de richesses,
soyons remplis du Soi.
pūrṇam apravarti — La plénitude immuable
Ce qu’est Brahman est ce qu’est l’espace à l’extérieur de l’homme. Cet espace extérieur est aussi l’espace intérieur de l’homme. Cet espace intérieur est l’espace qui se trouve dans le cœur.
Et cet espace à l’intérieur du cœur est plénitude immuable.
Cette « plénitude immuable » traduit l’expression pūrṇam apravarti.
apravarti désigne ce qui ne se déplace pas, ce qui ne se met pas en mouvement.
La plénitude immuable.
Ce passage est une invitation à chanter le mantra Gāyatrī dans l’espace du cœur, en comprenant que c’est par cet espace intérieur que l’on accède à Brahman.
On pourrait appeler cet état brahma-pūrṇam — la plénitude de Brahman.
Brahman comme plénitude
La Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad utilise une analogie similaire dans un autre enseignement de la madhu vidyā.
Gārgya dit : « Ce Puruṣa qui est dans l’espace, je médite sur lui comme Brahman. »
Ajātaśatru répond : « Je médite sur lui comme pūrṇa, plein et sans mouvement. Celui qui médite ainsi est pūrṇa, comblé de descendance et de bétail. »
Celui qui connaît cette Réalité comme pūrṇa, la plénitude, et apravartin, sans mouvement, atteint des richesses qui symbolisent ici des réalités bien plus élevées que les possessions matérielles.
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