Par Rabbin Gabriel Hagai
Nous sommes à la veille de Yom Kippour, notre grande fête qui s’appelle le jour du Pardon, durant lequel on va jeûner pendant toute la journée, c’est-à-dire pendant plus de vingt-quatre heures.
Cette fête de Yom Kippour clôt le cycle des dix jours de repentance qui avait commencé depuis notre Roch Hachana, depuis le Nouvel An juif.
Nos sages nous apprennent qu’il y a essentiellement deux sortes de fautes : les fautes envers Dieu et les fautes envers son prochain.
Dans le processus de demande de pardon à Dieu pour nos fautes, d’abord, il faut confesser ses fautes, il faut demander pardon et réparer.
Le repentir doit être véritable, doit être authentique.
Pour obtenir le pardon de Dieu envers les fautes qui sont, j’allais dire, « verticales », envers Dieu, il suffit de se repentir, de confesser, de se repentir, et Dieu nous pardonne a priori.
Par contre, pour les fautes envers notre prochain, envers les autres, là, c’est plus difficile : il faut réparer. Il faut réparer la faute.
Et ce pardon-là, il faut insister, il faut aller dans une démarche humble, une démarche vraiment de réparation, aller s’abaisser à demander pardon une fois, deux fois, trois fois.
Et certaines personnes, peut-être même dix fois, mais voilà, il ne faut pas hésiter.
Après, si l’autre s’entête, ça, c’est un autre problème, mais en tout cas, nous, de notre côté, on doit tout faire pour demander pardon.
Et cela, donc, le fait de demander authentiquement, ça me fait penser à quelque chose d’important qui est le fait de parler vrai, c’est-à-dire avoir une parole vraie, une parole authentique, qui est en accord avec notre cœur.
Et d’ailleurs, c’était une des conditions d’étude, pour rentrer dans la maison d’études à l’époque, c’est-à-dire que tokho kevaro, que son intérieur et son extérieur correspondent.
C’est-à-dire que ce que l’on dit, c’est ce que l’on pense, et réciproquement.
Et malheureusement, en France, avec la politique et surtout le fait que les élections présidentielles arrivent, on entend beaucoup d’éléments de langage, alors pas seulement de la part des politiciens, mais aussi de la part des gens qui se prétendent être journalistes.
Et c’est très important, c’est très important de comprendre l’idéologie politique qui est derrière le choix de ces éléments de langage.
Parce que sans comprendre la motivation de ces éléments, du pourquoi, du comment, on ne peut pas avoir un vrai choix, on ne peut pas avoir un vrai discernement et on ne peut pas faire un choix en toute liberté.
Juste quelques exemples.
J’entendais récemment les journalistes parler des rebelles houthis au Yémen. Donc les Houthis sont appelés « rebelles ». Alors, rebelles par rapport à qui ?
« Rebelles », ce n’est pas un mot journalistique, c’est un jugement.
Est-ce qu’on parle des rebelles bretons ou des rebelles corses ? Non.
Alors, de la même manière, si on était neutre au niveau journalistique, on parlerait des indépendantistes houthis, voilà, des indépendantistes yéménites d’origine houthie.
Et donc, être factuel et non pas être dans un jugement.
Un autre exemple : certains partis, des partis de gauche, sont considérés comme étant antisémites simplement parce qu’ils expriment une critique envers l’État d’Israël, surtout envers les exactions commises par l’armée israélienne.
Et ce sont des mouvements qui militent pour les droits des Palestiniens. Et voilà que la propagande israélienne les affuble de l’adjectif « antisémite ».
Et non. On a le droit d’être critique envers l’État d’Israël et envers l’idéologie sioniste sans être antisémite.
Voilà, donc c’est très important d’avoir ce discernement, de comprendre la motivation de ce qui est exprimé.
Et ça, c’est la base de l’étude de notre Torah orale, c’est-à-dire de la Guemara.
C’est de comprendre pourquoi… Ce n’est pas tant la chose qui est dite, c’est pourquoi elle est dite de cette manière-là, pourquoi elle est dite par cette personne-là et pourquoi elle est dite à ce moment-là et pas ailleurs.
Et à ce moment-là, on peut vraiment avoir le fond de la chose et comprendre le sens et la motivation derrière.
Et c’est ça qui nous permet, justement, d’avoir une vraie liberté.
Et c’est ce qui est dit dans la Torah, il nous est demandé :
Et donc, pour pouvoir choisir la vie, il faut pouvoir être dans le contexte de faire un bon choix et donc d’avoir le discernement des paroles qui sont dites.
Et c’est ce qu’on demande aussi aux rabbins quand ils jugent : avoir le discernement de ce qui est dit.
Et c’est seulement quand on a le discernement qu’on peut se repentir sur les mauvais choix de notre vie, les choix sur lesquels on a été manipulé.
Alors, on se repent, on se repent sur ça et on demande pardon à Dieu.
Et ce qu’on souhaite, c’est qu’on soit bien dirigés, bien inspirés, que Dieu nous inspire et qu’avec cette nouvelle année — avec ce cycle des dix jours depuis le Nouvel An jusqu’à Yom Kippour qui se clôt —, que Dieu se penche sur nous, que Dieu fasse les bons choix pour nous pour cette nouvelle année et qu’on soit dans le droit chemin.
Dans le chemin de vérité, des paroles de vérité, des paroles de justice, des paroles de paix.
Car c’est sur ces trois vecteurs, vraiment, que le monde, la société, au niveau horizontal, est créée : la vérité, la paix, la justice.
Et c’est ce qu’on souhaite à tout le monde.
Et donc, je vous souhaite Guemar Hatima Tova. C’est ce qu’on souhaite avant Yom Kippour, c’est-à-dire qu’on soit bien signés, bien scellés dans les livres de Dieu, ces livres de Dieu que Dieu ouvre et ferme d’année en année, de Roch Hachana à Roch Hachana.