par Yogîndra
ĪÅopaniá¹£ad · Émission n° 7 · Jeudi 5 novembre 2026
Bonjour chers auditeurs de Radio Gandharva Gana.
C’est Yogîndra dans notre émission Le souffle des textes, une émission d’étude du sanskrit et de réflexion philosophique sur le vedÄnta.
Je voudrais revenir sur la complémentarité des deux premiers mantras de l’upaniá¹£ad selon l’interprétation de Åaá¹ karÄcÄrya. Ce que nous dit ce grand maître de l’advaita vedÄnta, c’est que le premier mantra s’adresse aux saá¹nyÄsin, aux renonçants.
Ä«ÅÄ vÄsyamidaá¹ sarvaá¹ yatkiñca jagatyÄá¹ jagat |
tena tyaktena bhuñjÄ«thÄ mÄ gá¹dhaḥ kasya sviddhanam || 1 ||
IU 1 : Par le Seigneur est recouvert ce tout, tout ce qui se meut dans ce monde mouvant. Par le renoncement, protège ton Soi ! Ne convoite pas le bien de quiconque !
Åaá¹ kara explique ce mantra de la manière suivante : « Si tu veux aller directement à moká¹£a, la libération, alors, le premier mantra est pour toi : sois un saá¹nyÄsin et vis une vie de renoncement en voyant ĪÅa, le Seigneur en tout ! ».
Mais Åaá¹ kara pense que ce renoncement n’est pas fait pour tout le monde, c’est pourquoi il propose cette analyse du deuxième mantra qui s’adresse à ceux qui, ne pouvant être renonçants, aspirent néanmoins à une vie juste et utile.
kurvanneveha karmÄá¹i jijÄ«viá¹£ecchataá¹ samÄḥ |
evaá¹ tvayi nÄnyatheto ’sti na karma lipyate nare || 2 ||
IU 2 : Dans ce monde, c’est seulement en accomplissant les actions que l’on peut désirer vivre cent ans. Ainsi, pour toi, il n’en va pas autrement, l’action ne s’attache pas à l’homme.
Et Åaá¹ kara ajoute : « Si tu ne peux pas être un saá¹nyÄsin, alors accomplis les actions selon le dharma, la loi juste, et les actions ne s’attacheront pas à toi, tu en seras libre ! Mais tu ne sortiras pas du cycle du saá¹sÄra. Il te faudra renaître encore ! Mais ce sera un progrès par rapport à ta vie précédente. »
Cela m’amène à quelques réflexions sur le saá¹sÄra, car c’est aussi ce que Ká¹á¹£á¹a nous enseigne dans la Bhagavad GÄ«tÄ au neuvième chapitre :
BG 9.21 : [Quand les connaisseurs des Veda ont] joui du vaste monde céleste, [et quand] leur mérite est épuisé, ils reviennent dans le monde des mortels. Ainsi en se conformant aux descriptions des trois Veda, et recherchant les objets de leur désirs, ils obtiennent d’aller et venir (dans le saá¹sÄra).
Ainsi les brahmavid, les connaisseurs du Veda, ceux qui "se contentent" d’appliquer les trois Veda, ont gagné les mérites pour accéder au svarga-loka, le monde du ciel. Mais ils restent dans le cycle du saá¹sÄra. La raison est simple : « ils recherchent les objets de leurs désirs ».
Le dernier pÄda du vingt-et-unième verset de la Bhagavad GÄ«tÄ emploie une belle expression : gatÄgatam kÄmakÄmÄ labhante. Dans le mot kÄmakÄmÄ, pour respecter le sandhi, la sifflante finale est tombée, il faut l’ajouter pour lire kÄmakÄmÄs, nom composé, au pluriel, formé de la répétition du mot kÄma. Le premier kÄma, c’est le plaisir. Le second kÄma, c’est un adjectif, celui qui désire. Donc kÄma-kÄma désigne celui qui désire le plaisir. Et ici au pluriel, ce sont ceux qui désirent le plaisir. Ce mot est au nominatif, sujet du verbe labhante, ils obtiennent.
Alors qu’obtiennent-ils ceux qui désirent les plaisirs ? C’est le mot neutre à l’accusatif : gatÄgatam, mot composé, formé de gata, ce qui va, et de Ä-gata, ce qui vient. Ainsi gatÄgata, gata-Ägata, est le fait d’aller, gam, et venir, Ä-gam. Ce qu’obtient le kÄmakÄma, celui qui désire les plaisirs, c’est le fait d’aller et venir, c’est-à-dire de rester dans le cycle des naissances et des morts, qui s’appelle en sanskrit le saá¹sÄra.
Ainsi, Ká¹á¹£á¹a nous dit qu’on n’obtient que gatÄgata, un aller-retour ! Alors que ce que nous voulons c’est moká¹£a, un aller simple dans le brahma-loka, le monde de brahman, la libération sans retour dans ce monde. C’est ce qu’enseigne le deuxième mantra de l’upaniá¹£ad.
Dans la Bhagavad GÄ«tÄ, Ká¹á¹£á¹a poursuit1 :
BG 9.22 : Mais à ceux qui, méditant sur leur identité avec Moi, M’adorent, toujours unis à Moi, à ceux-là, J’apporte ce qui leur manque et Je protège ce qu’ils ont.
Méditer sur l’identité avec le Seigneur, c’est ce qu’enseigne le premier mantra de l’upaniá¹£ad : Ä«ÅÄ vÄsyamidaá¹ sarvam. Être en identité avec le Seigneur, c’est voir le Seigneur qui réside en tout.
Voilà la solution pour éviter ces aller-retours dans le saá¹sÄra : adorer le Seigneur en identité avec Lui. Dans le vingt-et-unième verset, Ká¹á¹£á¹a dit qu’en étudiant les Veda, on reste dans la dualité ; dans le vingt-deuxième verset, il dit qu’en voyant Dieu partout, on s’installe dans la non-dualité, qui est l’identité avec le Seigneur.
Mot à mot, le texte dit : cintayantas mÄm, ceux méditant sur Moi, le Seigneur ; an-anyÄs, pas autres, sous-entendu : que Moi. « Ceux qui méditent sur Moi, en n’étant pas autres que Moi ». En méditant ils ont rejoint l’unité avec le Seigneur. Il s’agit de méditer sur le Soi et de se fondre totalement dans l’infini. Rappelons-nous ce verset du septième chapitre de la Bhagavad GÄ«tÄ :
BG 7.19 : A la fin de nombreuses naissances, celui qui possède la connaissance M’atteint. Il dit : « VÄsudeva est le Tout ». Une telle grande âme est très rare.
Dans cette méditation, tout l’être est fixé exclusivement sur le Seigneur, lié à Lui de manière indissociable.
Le verset dit bizarrement : « J’apporte yogaká¹£emam, la prospérité, la subsistance, l’acquisition et la préservation des biens ». Les dévots qui recherchent la prospérité et la sécurité, le font pour eux, par leurs efforts. Ils sont piégés par l’ego. Mais ceux qui ne se voient pas différents du Seigneur ne recherchent pas ces bienfaits pour eux-mêmes, ils n’ont aucun objectif égoïste que ce soit dans la vie ou dans la mort. Ils ont pris refuge dans le Seigneur et Lui seul. Et c’est pourquoi le Seigneur leur donne yogaká¹£ema. Nous n’avons plus besoin de conserver quoi que ce soit, car c’est le Seigneur qui y pourvoit.
Cela me rappelle ce passage de l’Évangile de Matthieu :
Mat 6.26 à 34 : Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit… Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent, ni ne filent… Ne vous inquiétez pas en disant : « Qu’allons-nous manger ? de quoi allons-nous nous vêtir… ». Votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord son royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.
1
ananyÄÅcintayanto mÄá¹ ye janÄḥ paryupasate
teá¹£Äá¹ nityÄbhiyuktÄnÄá¹ yogaká¹£emaá¹ vahÄmyaham
C’est un abandon total que Jésus propose à ses disciples, une fusion dans l’amour total. Celui qui se consacre au divin, sera libéré de l’anxiété de gagner et de l’angoisse de perdre.
Et cette fusion est l’ouverture vers le saá¹sÄra. Le mot saá¹sÄra vient du verbe sá¹ qui signifie : couler ; ou bien : traverser. Et le verbe sam-sá¹ signifie : circuler, parcourir, errer. le nom saá¹sÄra qui en découle est le fait de passer, c’est une transition, la transmigration, le courant des renaissances successives ; mais c’est aussi le lieu où s’exécute cette transmigration, c’est-à-dire : l’existence transitoire, la condition humaine, le monde phénoménal, le monde ici-bas, le flux de la vie.
Selon la Bhagavad GÄ«tÄ, le saá¹sÄra est l’océan de la transmigration. Voici dans le douzième chapitre :
BG 12.6-7 : Ceux qui abandonnent toutes leurs actions en Moi, qui sont totalement dévoués à Moi, et qui M’adorent en méditant dans une concentration exclusive, ceux-là, qui ont leur mental fermement établi en Moi, je les sauve rapidement hors de l’océan mortel de la transmigration, le saá¹sÄra.
L’ĪÅÄ upaniá¹£ad, qui est bien plus ancienne que la Bhagavad GÄ«tÄ, l’affirme dès son premier mantra : « Pratique le renoncement ! N’aie aucun désir de possession ! Vois Dieu en tout ! » C’est bien le chemin de moká¹£a, la libération qui est proposé ici. Et le deuxième mantra dit : « Si tu n’es pas capable de ce renoncement, pratique l’action désintéressée ! Alors tu auras une vie longue et agréable. ». Cela donne l’espoir qu’après un séjour agréable au svarga-loka, dans le ciel des deva, la renaissance dans ce monde, pour une nouvelle vie, sera exemplaire, pour approcher un peu plus du but.
Mais que nous soyons saá¹nyÄsin voué à moká¹£a, ou bien attachés au karman, l’action, et donc voués au saá¹sÄra, à la transmigration, n’oublions jamais que : Ä«ÅÄ vÄsyamidaá¹ sarvam, par le Seigneur ce tout est recouvert !
D’ailleurs Swami Vivekânanda avait une interprétation différente de Åaá¹ kara, car pour lui, les deux mantras s’adressent à tout le monde, moines renonçants et acteurs dans le monde. Simplement parce que même les moines doivent agir et que les gens ordinaires ont cette ouverture magnifique de déifier le monde tout en agissant.
Je vous donne rendez-vous jeudi prochain dans l’émission « Le souffle des textes » pour étudier le troisième mantra de l’ĪÅopaniá¹£ad.
Bonne semaine.
ÅÄstraprÄá¹e — Dans le souffle des textes
Le souffle du saá¹sÄra · par Yogîndra
Radio Gandharva Gana