JE SUIS de Nisargadatta Maharaj aux éditions Les deux océans

Nous disons souvent : « J'ai trouvé un livre. »
C'est une expression toute simple. Nous entrons dans une librairie, nous parcourons des rayons, un titre attire notre regard, une couverture nous plaît... et nous repartons avec l'impression d'avoir fait une découverte.
Mais si l'histoire se racontait autrement ?
Et si certains livres arrivaient dans notre vie au moment précis où une question est déjà en train de grandir en nous ?
Comme s'ils nous attendaient depuis longtemps.
Parce qu'il existe des livres qui informent.
D'autres qui divertissent.
D'autres encore qui inspirent.
Et puis il y a ces livres plus rares.
Des livres qui ne cherchent pas à remplir notre esprit...
mais à ouvrir un espace.
Des livres qui semblent nous regarder autant que nous les regardons.
Des livres qui nous lisent.
Aujourd'hui, l'un d'eux nous attend.
Son titre tient en deux mots.
Deux mots que nous prononçons chaque jour plusieurs centaine de fois peut-être, sans vraiment les entendre.
Je suis
La première fois que je prends ce livre entre les mains, je m'attends à trouver un nouvel enseignement spirituel.
Après tout, les rayons en sont remplis.
Des méthodes pour méditer.
Des chemins vers le bonheur.
Des techniques pour mieux vivre.
Je souris intérieurement.
Je me dis : « Encore un... »
J'ouvre quelques pages.
Je lis.
Puis referme le livre.
Il ne se passe rien.
Ou plutôt...
il se passe quelque chose que je ne comprends pas encore.
Le livre ne me donne aucune prise.
Il ne raconte pas une histoire.
Ne cherche pas à séduire.
Il ne promet rien.
Alors je le repose.
Et la vie continue.
Quelques semaines passent.
Peut-être quelques mois.
Je ne sais plus très bien.
Mais un jour, sans raison particulière, je reviens vers lui.
Comme si le livre m'attendait patiemment.
Cette fois, je lis plus lentement.
Et une question surgit.
Elle est presque désarmante de simplicité.
Qui êtes-vous... avant toutes les histoires que vous racontez sur vous-même ?
Je reste immobile.
Parce qu'immédiatement, mon esprit répond.
Je suis mon prénom.
Mon métier.
Mon âge.
Mon histoire.
Mes réussites.
Mes échecs.
Mes convictions.
Mes blessures.
Mes souvenirs.
Mais le livre semble écouter toutes ces réponses...
puis les laisser passer.
Comme un maître d'école qui sourit devant une réponse incomplète.
Et silencieusement, il repose la même question.
Qui êtes-vous ?
Alors je comprends que ce livre ne veut pas enrichir ma bibliothèque intérieure.
Il veut la vider.
Il enlève doucement les étiquettes auxquelles je tiens.
Comme on enlève les couches d'un oignon.
Non pour détruire ce que je suis...
mais pour découvrir ce qui reste lorsque tout le reste s'efface.
Et cette expérience est étrange.
Parce que, pour une fois, je ne peux pas répondre avec ce que je sais.
Je dois regarder.
Simplement regarder.
Qui est celui qui est en train de vivre cette vie ?
Qui est celui qui pense ?
Qui est celle qui doute ?
Qui est celui qui souffre ?
Qui est celle qui cherche ?
Et soudain, je comprends pourquoi ce livre m'a résisté la première fois.
Il ne résistait pas.
C'était moi.
Je cherchais des réponses.
Lui me proposait une expérience.
Nous avons parfois cette idée que les grands maîtres spirituels vivent retirés du monde, dans une grotte de l'Himalaya.
Nisargadatta Maharaj nous surprend.
Il tenait une petite boutique de cigarettes dans une rue animée de Bombay.
Toute la journée, il travaillait.
Puis il recevait ceux qui venaient le rencontrer.
Des médecins.
Des philosophes.
Des étudiants.
Des voyageurs.
Des croyants.
Des sceptiques.
Ils arrivaient avec des questions immenses.
« Comment atteindre l'éveil ? »
« Quelle est la meilleure pratique ? »
« Comment dépasser la souffrance ? »
Et souvent, ses réponses déconcertaient.
Parce qu'il ramènait toujours l'attention au point de départ.
Avant toutes les théories.
Avant toutes les croyances.
Avant toutes les pratiques.
Au simple fait d'être.
Je suis.
C'est si simple que notre esprit cherche aussitôt quelque chose de plus compliqué.
Comme si la vérité devait forcément être difficile.
Pourtant, le livre insiste.
Avant de dire :
« Je suis heureux. »
« Je suis inquiet. »
« Je suis fatigué. »
Il y a simplement...
Je suis.
Une présence.
Un fait.
Une évidence que nous oublions sans cesse.
Et c'est peut-être cela qui rend ce livre si actuel.
Nous vivons dans une époque où chacun est invité à fabriquer son identité.
À se présenter.
À se définir.
À afficher une image.
À raconter son histoire.
Nous répondons sans cesse à la question :
« Qui es-tu ? »
Par une profession.
Une opinion.
Une photographie.
Un profil.
Un rôle.
Nous passons beaucoup de temps à construire ce personnage.
Mais combien de temps passons-nous à découvrir celui qui regarde tout cela ?
C'est la question que ce livre nous adresse.
Sans violence.
Sans dogme.
Sans chercher à nous convaincre.
Simplement en nous invitant à nous arrêter quelques instants.
À écouter.
À observer.
À revenir à cette présence silencieuse qui est déjà là.
Avant les mots.
Avant les pensées.
Avant les récits.
Et peut-être que c'est cela, finalement, la force des grands livres.
Ils ne nous apportent pas quelque chose.
Ils retirent ce qui nous empêche de voir.
Depuis que j'ai ouvert Je suis, je ne peux pas dire que j'ai trouvé toutes les réponses.
Au contraire.
J'ai surtout découvert une question qui continue de m'accompagner.
Une question qui revient dans les moments de joie.
Dans les périodes de doute.
Dans les jours ordinaires.
Comme une invitation discrète.
Qui est celui qui vit cette vie ?
Et je crois que c'est le signe des livres vivants.
On les referme...
mais ils continuent à nous lire.
Alors peut-être que, cette semaine...
ce n'est pas un hasard si vous écoutez cette émission ou lisez cet article.
Peut-être que ce petit livre est en train de vous attendre.
Peut-être qu'il vous cherche déjà.
Vous le trouverez à la Librairie Turiyananda à Gretz-Armaivilliers.
Et si vous l'ouvrez...
prenez votre temps.
Il est possible que ce ne soit pas vous qui commenciez à lire.
Il est possible...
que ce soit lui...
qui commence à vous lire.

Janaki