Le pouvoir des mots : de l’ignorance à la lumière par Rabbin Gabriel Hagaï

Le Billet d’humeur du Rabbin Gabriel Hagaï

Le pouvoir des mots :
de l’ignorance à la lumière

Par Rabbin Gabriel Hagaï

Hashalom 'alekhem we-rahme Adonaï wuvirkato.

Que la paix, la miséricorde de Dieu et sa bénédiction soient sur vous tous.

Quand les mots changent de sens

Alors, pour ce billet d’humeur d’aujourd’hui, j’aimerais aborder le fait qu’on entend souvent maintenant des mots pour dire autre chose que leur vraie signification.

Voilà un exemple qui me vient à l’esprit, parce qu’on l’entend actuellement beaucoup avec l’agitation politique en France : c’est le mot « radical » ou « radicalité », tout simplement pour dire « extrémiste ».

Au lieu de dire « extrémiste », on aime bien dire « radical ».

Mais le mot « radical » lui-même ne signifie pas être extrémiste, ne signifie pas être dans l’extrême.

« Radical », au contraire, ça veut dire qu’on est dans la racine des choses, dans la base des choses.

Et il y a une cinquantaine d’années, vous aviez le Parti des radicaux de gauche, qui était un parti centriste, les radicaux de droite, le Parti radical.

Ce sont des partis centristes, ils n’ont rien d’extrémiste.

Et donc, quand on a commencé à utiliser ce mot-là pour parler de la radicalité islamiste chez les musulmans, chez certains courants de l’islam extrémiste, justement, qu’on a dénommés « radicaux », alors je ne comprends pas pourquoi.

De même, on a même inventé le mot « déradicalisation ».

C’est tout simplement, eh bien, éviter aux gens de sombrer dans l’extrémisme.

Voilà.

Et en fait, je ne sais pas s’il y a vraiment une intention derrière, mais en tout cas, s’il y a une intention, c’est grave.

Nommer pour comprendre

Parce que savoir mettre des mots sur les concepts, savoir nommer les concepts, ça permet de pouvoir les utiliser et ça permet d’avoir une pensée plus profonde, une pensée vraie.

Ça permet d’avoir du discernement sur ce qui nous arrive, du discernement sur les discours qui cherchent à nous manipuler et sur certaines idéologies.

Ça, je pense que c’est important.

Lire, enrichir son vocabulaire et approfondir sa pensée — photo via Wikimedia Commons.

Quand l’attention se fragmente

Et on s’aperçoit que la situation empire de plus en plus dans les nouvelles générations avec les smartphones, avec TikTok, avec tout ça.

La majorité des jeunes ne lisent plus, la majorité des jeunes ont une attention légère, ne sont pas capables de se concentrer plus que quelques minutes.

On s’aperçoit qu’ils ont un manque profond de vocabulaire et une incapacité à former des phrases entières ou de longues phrases.

Et ça, c’est grave.

Ça, c’est grave parce que ça veut dire qu’une nouvelle génération arrive, qui sera facilement manipulable parce qu’elle n’est pas capable d’utiliser des concepts, de comprendre ce qui lui arrive et de comprendre comment elle va être manipulée.

Le smartphone, symbole d’un rapport nouveau à l’information et à l’attention — Mictlancihuatl, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Éduquer pour sortir de l’ignorance

Voilà, donc cela participe de notre engagement en tant que personnages religieux, en tant qu’acteurs spirituels de la société : c’est d’éduquer.

Parce que c’est l’ignorance qui est la plaie de l’humanité.

Et c’est seulement en sortant de l’ignorance et en éduquant l’humanité qu’on peut élever la conscience globale de notre belle humanité sur Terre, afin d’améliorer notre vivre-ensemble, d’améliorer nos sociétés de manière globale, partout où elles sont.

Parce qu’on s’aperçoit que, dans ce monde, il y a suffisamment de richesses, si elles étaient réparties, pour que tout le monde ait accès à la nourriture, à l’eau potable, que tout le monde ait accès à l’éducation, à la justice, à la sécurité.

Et si tout était bien organisé, on n’aurait pas besoin de piller le monde et de gaspiller toutes les ressources, et on pourrait vivre en harmonie entre tous les êtres humains et avec l’environnement.

Voilà, donc c’est notre souhait, c’est ce à quoi on aspire, c’est le programme que nos prophètes nous annoncent et c’est ce vers quoi on tend, en tout cas de manière personnelle.

La valeur d’une seule vie

Et on dit dans notre tradition :

« L’important, c’est la qualité, pas la quantité. »

Donc, il suffit de sauver une seule personne, une seule personne dans le monde, c’est comme si on avait sauvé l’humanité tout entière.

C’est pour vous dire la qualité et l’importance de la sacralité de la vie humaine.

De bougie en bougie

Et donc, ce qu’on souhaite, c’est, petit à petit, comme des bougies, que chaque bougie allume une bougie, qu’une bougie en allume une autre, qu’une bougie en allume deux.

Et petit à petit, que la lumière fasse boule de neige et que cette masse critique de lumière arrive afin de transformer la société humaine globale, de l’amener vers la lumière, d’élever la conscience de l’humanité pour l’amener à ce que l’on espère, ce que l’on nomme chez nous le paradigme messianique, l’époque du Mashia’h, qu’il arrive rapidement.

Une lumière dans l’obscurité — Hartmut Schmidt, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Nommer justement, comprendre, éduquer,
puis transmettre la lumière de conscience
d’un être humain à un autre.

Et on souhaite à tous, en tout cas, une excellente semaine.

Merci.

Rabbin Gabriel Hagaï
Le Billet d’humeur — Radio Gandharva Gana
Crédits photographiques :
Lecture d’un livre — Shixart1985, via Wikimedia Commons.
Smartphone tenu en main — Mictlancihuatl, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Bougie dans l’obscurité — Hartmut Schmidt, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.